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Interview de Steve Fogue
Steve-Fogue

Interview de Steve Fogue

De nombreux enjeux poussent le secteur financier à se digitaliser notamment la recherche de gains de productivités. Celle-ci se traduit précisément par la commercialisation des services financiers en ligne. De nouveaux acteurs sont donc  apparus dans le secteur de la finance : ce sont les fintech. Grâce au taux de pénétration d’internet qui atteindra  d’ici à 2020 les 52% et plus, elles changent la consommation des services financiers.  KSH est allé à la rencontre de Steve FOGUE. Entrepreneur, ingénieur financier spécialisé dans l’édition de technologies d’information pour l’industrie financière, enseignant  de finance et d’informatique appliqué à la finance et CEO de la fintech PARTICEEP.  Avec lui, nous évoquons l’état de santé de la fintech au Cameroun, en faisant un arrêt majeur sur ce que c’est que Particeep ainsi que les solutions qu’elle propose.

KSH : D’entrée de jeu qu’est-ce que la fintech? Et de votre point de vue comment se porte-t-elle en France ?

Steve FOGUE : l’expression fintech combine les termes « finance » et « technologie ». Elle désigne une entreprise qui utilise l’innovation technologique pour repenser les services financiers. Par exemple, Particeep est une fintech qui offre aux banques, aux assureurs, aux sociétés de gestion et à d’autres fintechs une technologie clé en main pour commercialiser leurs produits et services en ligne et sur mobile.

La France est le premier grand pays européen pour l’usage d’internet pour les services bancaires. C’est la raison pour laquelle le secteur de la fintech s’y développe à grande vitesse et contribue de façon non négligeable à la croissance et à l’emploi. Quelques chiffres officiels du Gouvernement Français et de Business France l’attestent :

  • On décompte environ 750 fintechs en France
  • La fintech crée 800 000 emplois directs en France (dont 89% en CDI)
  • Le secteur financier pèse plus de 4% du PIB Français

Avec une offre de services financiers numériques inférieure à 10% et une modification de la façon de consommer les services bancaires par la génération Y soit 50% de la population active à date, le potentiel de croissance du secteur de la fintech dans les années à venir reste très élevé.

KSH : Sommes-nous à l’apogée de la fintech ou au début de ce qu’elle pourrait apporter comme valeur ajouté aux acteurs financier ?

S F : nous en sommes à un point d’inflexion. Pour parler de l’apogée de la fintech, il faudrait évoquer plusieurs facteurs : la maturité du marché, la demande des consommateurs finaux, le degré d’usage de la technologie, la réglementation et la complémentarité des offres avec celles des acteurs historiques.

En Europe, le secteur bancaire connaît un vrai bouleversement car la réglementation DSP2 (la directive européenne sur les services de paiement) impose aux banques d’ouvrir leurs systèmes d’information et de partager leurs données avec des tiers dont les fintechs.
Cela aura pour avantage de stimuler l’innovation financière au service du client final ; tout en créant de nouvelles opportunités de collaboration entre les fintechs et les banques. A ce sujet, 69% des banques estiment que cette ouverture des systèmes d’information est une opportunité ; cela donne une tendance de fond.

KSH : Depuis… vous avez lancé la fintech ‘’Particeep’’ pouvons-nous en savoir plus sur cette solution ?

S F : Avec mes associés David Dumont et Adrien Crovetto, nous avons lancé en janvier 2013 la fintech Particeep avec l’ambition de lever toute barrière technologique aux établissements financiers souhaitant commercialiser leurs offres de produits et services en ligne ou sur mobile. Plus concrètement, Nous proposons aux banques, aux assureurs, aux sociétés de gestion et à leurs distributeurs une technologie en mode API constituée d’une gamme complète de micro-services financiers, prête à l'emploi, pour rendre accessible en ligne leurs produits et services et industrialiser la commercialisation en direct ou via des tiers sur toute plateforme web et mobile.

En plus de cette API, nous proposons des plateformes clés en main de distribution de produits financiers en marque blanche.

Parmi nos clients, on compte des acteurs de la bancassurance comme Le Crédit Mutuel, le Crédit Agricole, La Banque Postale, le Groupe BPCE, le Groupe AXA ; des sociétés de gestion d’actifs comme Vatel Capital, des acteurs de l’innovation ouverte comme le Groupe Humanis, le Groupe Carglass ; des collectivités locales ou encore des fintechs de la blockchain.

KSH : Au mois de juin dernier, ‘’Particeep’’ a obtenu le statut de Jeune Entreprise Innovante en France. Que représente cette reconnaissance et quelles sont les méthodes pour arriver à ce niveau ?
S F : L’obtention du statut de Jeune Entreprise Innovante valide le caractère innovant de notre solution ; solution aujourd’hui brevetée et constitue un atout qui nous permettra de renforcer notre compétitivité en France et à l’international. Grace à ce statut nous pourrons renforcer nos investissements dans la recherche et développement et recruter d’avantage d’ingénieurs et de chercheurs afin de proposer des innovations en adéquation avec les récentes évolutions technologiques, réglementaires et les usages de consommation des services bancaires et d’assurance. Pour obtenir ce statut, il faut investir à minima 15% des charges dans la recherche et le développement, être une PME au sens de la réglementation française, avoir moins de 8 ans et être indépendant sur le plan de la répartition du capital. Un dossier de présentation des innovations doit être ensuite réalisé, présenté et validé par des experts externes mandatés par l’administration fiscale française.

KSH : Lorsqu’on s’intéresse de près à votre fintech, l’on pourrait se demander concrètement quel est son intérêt pour l’usager des services financiers ?

S F : Il est vrai que nous ne commercialisons pas nos solutions directement aux usagers des services financiers du fait de notre positionnement BtoB. Pour comprendre l’intérêt pour l’usager, il faut s’intéresser aux cas d’usages de notre solution. Prenons par exemple le cas d’une plateforme de souscription en ligne à une assurance, L’usager du produit financier a besoin d’une expérience client simplifiée, mobile permettant d’avoir en quelques clics toutes les informations pour comparer l’offre proposée et y souscrire. C’est exactement ce que Particeep propose aux assureurs ou aux distributeurs d’assurance via sa solution Particeep « Plug » ; l’assureur opte pour la solution Particeep « Plug », l’intègre à son site web par exemple
pour que ses clients puissent en quelques minutes avoir une offre  personnalisée, signer le contrat d’engagement et payer ; avec en bonus la possibilité de se voir proposer des offres complémentaires sur la base des données renseignées.

Il n’est donc plus nécessaire pour l’usager de prendre rendez-vous avec son conseiller, de se déplacer à son agence ; il peut consommer un service financier ou d’assurance à n’importe quel moment, peu importe sa localisation et le canal utilisé (web, mobile..). On passe donc clairement d’un état du monde de manifestation d’intérêt à un état du monde d’engagement
via les solutions Particeep.

KSH : Selon de nombreux experts financiers, l’inclusion financière reposerait sur la fintech. Etes-vous de cet avis ?

S F : Sur ce point, il faut donner du crédit aux fintechs mais pas uniquement. De plus, nous sommes encore très loin du compte car sur près de 330 millions d’adultes, 80% n’ont toujours pas accès aux services bancaires formels. L’accès aux services financiers en Afrique est en forte croissance depuis 2011 ; une hausse de près de 20% selon le rapport de global Findex de 2017.
Il est indéniable que cette croissance doit être mise à l’actif des services financiers numériques proposés par les opérateurs télécoms, les fintechs mais aussi les bigtechs comme Facebook ou Google. Nous pensons que cette inclusion financière pourra devenir réalité lorsque :

  • les prestataires de services financiers auront accepté la technologie et l’innovation comme partie intégrante de la stratégie commerciale et levier de croissance futur ;
  • Les cadres réglementaires instables et différents selon les pays posant un risque à la fois pour les usagers et les acteurs financiers seront harmonisés ;
  • les coûts de la bande passante et des équipements de bases seront faibles et/ou mutualisés ;
  • les solutions offertes prendront en compte les faibles niveaux d’alphabétisation des clients finaux.

KSH : Quelle est la vision que vous avez des fintech en Afrique et en particulier au Cameroun ?
S F : Trois éléments font de l’Afrique un Eldorado pour les fintechs : la sous-bancarisation, l’explosion de la téléphonie mobile et la mobilisation de plus en plus importante des structures d’accompagnement des fintechs. L’opportunité de marché est donc réelle, mais transformer cette opportunité en centre de revenus nécessite un travail important pour lever les barrières réglementaires, assouplir le monopole bancaire existant, créer de la confiance auprès des clients pour ces nouveaux services. Dans ce contexte, il semble difficile de porter une vision à long terme pertinente sur l’évolution des fintechs en Afrique et au Cameroun.

KSH : Quels conseils donneriez-vous aux fintech en Afrique en général et particulièrement celles basées au Cameroun ?

S F : Donner des conseils peut à ce stade serait prétentieux car notre développement commercial reste limité en Afrique. Comme toute société technologique, une fintech camerounaise ne peut envisager une croissance durable sans avoir une vision à minima à l’échelle africaine. Notre avis serait de diversifier les activités des fintech au-delà des activités de paiement. Par exemple, rares sont les fintechs positionnées sur les activités de placement, d’octroi de crédits ou d’assurances.

Propos recueillis par Jean Jules LEMB NACK

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