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Interview Reine ESSOBMADJE

Interview Reine ESSOBMADJE

Reine ESSOBMADJE est la fondatrice de Evolving Consulting un cabinet de conseil, formation et services transactionnels qui couvre les projets TIC et  télécommunications en Europe et en Afrique. Elle est la présidente de la commission économique numérique au GICAM et est titulaire d’un executive MBA  de l’IE  Business School (incluant un programme d’échange avec Singapore Management  University), d’un diplôme d’ingénieur de l’ECE Paris (incluant un programme d’échange avec Stafford University en UK) et d’un BTS en informatique industriel Certains la surnomme ‘’Mme TIC’’.  Avec raison certainement ! Car elle les maitrise et en a fait   son business.  Rencontre avec une femme d’exception et une patronne qui, dès la première heure soutient les start-up.

KSH: Vous faites partie de ces patrons qui soutiennent les start-up au Cameroun et qui sont intéressés par les innovations qu’elles proposent. Qu’est-ce qui motive cet engagement?

Reine ESSOBMADJE : Tout simplement parce que chaque innovation profite à l’ensemble de la société. Celui qui a découvert la pénicilline ne savait pas qu’on l’utiliserait encore aujourd’hui pour soigner les maladies. Lorsqu’on innove on change la vie de son environnement immédiat mais on impacte aussi la vie des générations futures.

Notre leitmotiv à la Coalition digitale est justement la construction d’un écosystème digital résilient et d’une économie digitale inclusive.

KSH: Vos actions en faveur des start-up sont légions. De votre point de vue qu’est-ce qui expliquerait l’hésitation des autres patrons à suivre votre exemple?

RE : Je ne dirais pas que d’autres patrons hésitent à soutenir les startups, je pense que le soutien à l’innovation est une action qui doit être encadrée, mesurée, qui doit faire l’objet d’une coopération structurée entre le secteur public et le secteur privé. On assiste à beaucoup d’initiatives individuelles, pour que les choses perdurent dans le temps il y a besoin de les structurer. Par ailleurs il y a vraiment des patrons qui font des choses à une échelle plus communautaire et qui ne sont pas forcément médiatisées. Il y a des soutiens qui sont faits au niveau des villages des communes pour lesquels on n’a peut-être pas de retour médiatique qui permettrait à l’ensemble des camerounais d’être informés.

KSH: Certaines start-up camerounaises se sont lancées à la conquête du marché continental et même mondial. Quel est le principal défi qu’elles devraient relever? Et comment peuvent-elles concrètement compter sur le soutien des patrons camerounais?

RE : Lorsqu’on s’attaque à un marché mondial, c’est important de comprendre comment ce marché est structuré, les règles auxquelles il répond et surtout les attentes des consommateurs de ce marché. A mon avis c’est le principal défi. Lorsqu’on parle du soutien des patrons camerounais, lorsque vous êtes un entrepreneur et que vous vous lancez dans l’entreprise, vous n’attendez pas réellement de soutien, vous croyez en votre idée, à votre projet, c’est là votre premier soutien.

Au niveau du GICAM il existe une commission qui s’occupe des affaires internationales. Mais je dois dire qu’il existe aussi des programmes qui sont mis en place par les pouvoir publics. Chaque entrepreneur a besoin de s’informer pour pouvoir bénéficier de ces différents programmes et peut-être avoir une démarche un peu cordonnée et structurée. De toute façon, le GICAM est bien entendu ouvert pour apporter les renseignements nécessaires parce que le premier pas c’est d’abord d’être informé sur les différentes mesures d’accompagnement sur les marchés internationaux. C’est d’abord l’information que le GICAM peut donner aux uns et aux autres.

KSH: Le financement des start-up demeure une préoccupation majeure. Quelles sont vos propositions pour résoudre ce problème?

RE : Sur le financement des startups, dans le cadre des journées TIC et Numérique qui se sont tenues les 30 et 31 Aout 2018 au Hilton Yaoundé, nous avons eu différents ateliers sur ce sujet. On a convié différents bailleurs de fonds, des banques, organismes de crédit pour comprendre comment on peut structurer la question de financement de l’innovation. Je dirais que c’est quelque chose de complexe parce que le financement de l’innovation et donc des start-up ne peut pas être abordé tel qu’on le fait en Europe où il y a déjà une bancarisation, il y a déjà une certaine structuration de la société. Maintenant ça ne veut pas dire que ce n’est pas faisable, c’était justement l’objet de l’atelier. C’était de voir dans le contexte camerounais ce qui existe parce qu’il y a des organismes qui existent mais qui ne sont pas très connus. Comment est-ce qu’on peut financer l’innovation au niveau local, comment est-ce qu’on peut coordonner, structurer les programmes pour que les gens soient informés. Je pense que le principal frein c’est le manque d’information sur les programmes qui existent. On a accueilli des institutions internationalement connues comme la Banque Mondiale, on a accueilli des groupes bancaires connus comme Société Générale, Afriland First Bank, mais aussi d’autres organismes, un cabinet qui travaille en stratégie et communication financière, un cabinet qui travaille aussi sur les offres de crédit pour les SME (Small Medium Entreprise) pour les startup et nous travaillons aussi à la réflexion avec d’autres grandes institutions qui aujourd’hui, compte tenu du niveau de risque du marché, ne s’abaissent pas à financer directement l’innovation, mais elles passent actuellement par des organismes de crédit et des banques pour voir comment est-ce qu’on peut structurer la chose. C’est une réflexion globale, c’est une réflexion qui nécessite une posture innovatrice et un peu disruptive parce qu’on ne fera peut-être pas comme on fait sur d’autres marchés. Lorsque vous avez des bailleurs de fonds occidentaux ils vont vous financer en fonction de ce qu’ils font sur leur marché. Sauf que ce n’est peut-être pas le schéma ou la bonne démarche pour le marché africain. Donc il faut s’adapter en tenant compte des règles et des critères propres au marché financier, en tenant compte de la gestion du risque, du taux de mortalité des startups et autres. Nous avons invité aussi d’autres incubateurs pour partager leur expérience, qui expliquaient que lorsqu’on leur donne de l’argent à certains innovateurs, ils n’utilisent pas cet argent pour le développement de leur entreprise mais gèrent d’autres problèmes sociaux ou familiaux et ensuite s’en plaignent. Il y a de part et d’autre et de la responsabilité et de l’audace et du courage et surtout de la détermination pour mener à bien ce projet entrepreneurial là, sans oublier les instruments de contrôle qui sont absolument nécessaires et indispensables.

KSH: Votre dernier mot en direction des patrons et des start-up serait lequel?

RE : En définitive, je dirais qu’au niveau de la commission économique numérique que je préside au GICAM, nous avons une réelle volonté qui est celle de mettre en place une meilleure coopération et collaboration entre les grandes entreprises et les innovateurs. On a initié un certain nombre d’actions : les ‘’Digital Meetup’’ où nous permettons aux startups (Deux par séance) de venir ‘’pitcher’’ devant une audience qui est composée de patrons. Les patrons sont disponibles dans un environnement économique qui est assez difficile ils ont leurs propres défis à relever et sont bien conscients que les innovateurs peuvent aussi contribuer à relever ces défis notamment en utilisant l’économie numérique. Tout le monde est ouvert au débat, à la collaboration, à la coopération je crois qu’il n’y a plus qu’à faire et à surtout ne pas bouder les évènements, les initiatives en disant on a déjà vu on a déjà entendu. Toujours faire preuve de persévérance pour y aller puisque finalement il suffit d’une seule rencontre pour changer une vie.

Propos recueillis par Jean Jules LEMB NACK

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